vendredi 6 février 2015

Littérature VS jeux vidéo, pourquoi choisir ?


 
J'ai écrit ce roman jeunesse fantastique pour deux raisons principales.

Tout d'abord, j'ai voulu redevenir l'enfant que j'étais, celui qui, la nuit venue, se racontait des histoires dans son lit, sans aucun complexe, empruntant ici une trame narrative à "Power Man et Iron Fist" ou aux "X-Men" de Claremont, là un monstre d'Harryhausen provenant du "Septième Voyage de Sindbad", là encore des pouvoirs bioniques à "l'homme qui valait trois milliards" ou des triples saltos à "San Ku kaï" (et si vous connaissez bien toutes ces références, on ne parlera pas de nos âges ^^). Plaisir pur de l'imagination et de la narration. Ce qui ne veut pas dire, une fois qu'on s'attelle à l'écriture du roman, qu'on puisse faire tout ce qui nous passe par la tête. Mais il est encore un peu tôt pour parler du souci de cohérence interne. Ecrire est une passion - du latin patior, souffrir, et ce n'est pas pour rien, j'y reviendrai.


La seconde raison qui m'a amené à écrire ce roman fantastique, c'est l'envie de concilier deux de mes loisirs préférés, la lecture et les jeux vidéos, dans le but de faire venir à la lecture ceux qui jouent surtout en temps normal. Mais aussi, pourquoi pas, de donner envie de jouer à ceux qui ne le font jamais. Parce que jouer (du latin jocare, plaisanter, badiner - le jocari vient de là), c'est bien aussi.


En termes d'écriture, il y avait matière à se faire plaisir avec ce mélange de genres, mais aussi matière à défi. Comment emprunter des gimmicks de l'univers des jeux vidéo tout en racontant une vraie histoire, accessible à tout lecteur, gamer ou pas ? Comment rendre crédible des personnages de jeux vidéo incarnés quand il n'est déjà pas évident de rendre crédible des personnages tout court ? Mon bagage de scénariste audiovisuel n'était pas de trop pour entreprendre cette tâche, même s'il ne suffisait pas. Il allait falloir beaucoup solliciter de matière grise - l'équivalent de l'huile de coude pour un maçon - et prendre beaucoup de temps pour créer de la vraisemblance dans le cadre d'un récit fantastique. Les lecteurs décideront du résultat.


Pour moi, lecture et jeux vidéos ne sont pas des loisirs antagonistes mais complémentaires. Chacun à leur façon, ils remplissent la même fonction : nous raconter des histoires, c'est-à-dire nous mettre dans la peau de personnages qui affrontent des obstacles pour atteindre un objectif. Et si chacun de ces loisirs sollicite des processus cognitifs et émotionnels parfois très différents, est-ce une raison pour que l'un soit considéré comme supérieur à l'autre ? Toutes les compétences de notre cerveau - intellectuelles, psycho-motrices, tout le spectre de nos émotions, primaires et élaborées, ne méritent-ils pas une attention égale de notre part


Nouvelle question : une oeuvre de fiction est-elle plus légitime, a-t-elle plus de force fictive dans l'inconscient collectif qu'une autre parce que provenant d'un support considéré comme plus honorable ?  


Personnellement, je suis contre ce principe de hiérarchie artistique des supports dans l'industrie des loisirs narratifs, qui implique que la littérature de romans se trouve prétendument au sommet de l'échelle, que le cinéma occupe l'échelon du dessous (avec l'animation à part, encore considérée comme un sous-genre), suivi par la bande dessinée, et enfin les jeux vidéo tout en bas. Pour moi ce ne sont que des supports, pas des garants de qualité d'une oeuvre en soi. Un roman Harlequin ne sera jamais plus honorable que le film "Autant en emporte le vent" sous prétexte qu'il s'agit de lecture. Un space opera de série B comme "Lost in space" n'atteindra jamais la force d'évocation de la BD "Flash Gordon" sous prétexte qu'il s'agit de septième art.
Les BD sur les blondes ne seront jamais aussi drôles que les classiques de la série de jeux "Leisure Suit Larry".
Alors pourquoi devrait-on forcément choisir entre Arsène Lupin, Indiana Jones et Nathan Drake ? Frankenstein et Terminator ? Ellen Ripley ou Samus Aran ? Sherlock Holmes, Columbo et George Stobbart ?  

Si ce n'est pas pour le support, parce que les uns ont été créés avant les autres ? 


On sait que génération après génération, des personnages de fiction en ont inspiré d'autres. Le Sherlock Holmes de Conan Doyle prenait en partie pour modèle le Dupin de Poe dans "La lettre volée", et Holmes est devenu lui-même le modèle d'une quantité astronomique de détectives de fiction, via d'autres histoires, d'autres supports, d'autres médias. Le classique, parce qu'il a commencé, parce qu'admis par la majorité, a souvent meilleure presse que le contemporain. Mais entre deux oeuvres, l'antériorité de création décide-t-elle de la qualité objective de l'histoire racontée au présent ? Est-ce toujours "le premier qui arrive qui gagne"


Je pense que pas nécessairement, en tout cas en terme de qualité objective. Du moins quand on peut comparer ce qui est comparable
. Il est vrai que l'idée originale a l'immense mérite de nommer ce qui n'existait pas jusqu'alors, d'extirper du néant, de donner naissance. Elle porte une vraie valeur en soi, qui est incontestable. Bien que si l'on resserrait les critères concernant son originalité, on risquerait de ne plus la trouver si originale, puisque tout a été fait depuis longtemps d'une façon ou d'une autre. Mais admettons, et parlons d'"idée admise comme originale". La patine du passé la rend parfois si vertueuse que cette idée écrase de tout son poids l'idée présente qui s'en inspire, alors que cette dernière est peut-être supérieure. Parce que, quand elle est bien conçue, cette nouvelle idée est plus réfléchie que l'idée première, plus enrichie, plus nuancée, plus adaptée à notre époque. Ou pour d'autres raisons. C'est le principe de l'élève qui dépasse le maître (je suis bien conscient qu'il ne se vérifie pas toujours).

Pour moi en tout cas, ni le support, ni le genre, ni l'époque n'ont jamais décidé de la qualité d'une oeuvre de fiction.


Et vous, qu'en pensez-vous ?



 


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