vendredi 12 juin 2015

Enfants insolents



Prenez l'opiniâtreté de Sangoku enfant, ajoutez l'indépendance et l'apparence du Feral Kid de Mad Max 2, et vous obtenez Tim Bestiole.

En plus des deux personnages mentionnés ci-dessus, Tim Bestiole m'a été grandement inspiré par le fils d'une femme qui a été ma compagne pendant deux ans. Mes mésaventures avec cet enfant âgé à l'époque de dix ans méritent un roman à elles toutes seules. Plutôt du genre comédie. Jamais de toute ma vie je n'ai croisé le chemin d'un gamin aussi colérique, insolent, provocateur, insultant, revanchard, méchant, sournois, irascible, irritable, embarrassant, méprisant, etc. Il réduisait à néant tous mes efforts pour l'approcher, établir le contact avec lui, engager le dialogue. Si j'avais de l'argent dans mon portefeuille, il cachait le portefeuille dans sa chambre. Si je lui prêtais mon vélo, il s'arrangeait pour rouler dans un terrain vague particulièrement boueux pour me le ramener dans un état lamentable. Si nous nous promenions dans un bois, il me poussait pour que je tombe d'un talus. Si j'entrais dans la cuisine, il ouvrait la porte du frigo pour m'empêcher de passer. S'il me servait de l'eau, il s'arrangeait pour qu'elle me tombe sur les pieds. Sans compter les insultes. Et dieu sait que je ne me laissais pas faire ! J'ai grandi dans une famille nombreuse et je n'ai jamais été du genre à me laisser marcher sur les pieds. Je le rappelais donc souvent à l'ordre, parfois piquais des crises de colère, voire tombais dans le piège de me disputer avec sa mère que je taxais de laxiste (ce qui n'était pas complètement faux).

Je ne cherchais pas à me le mettre dans la poche, ni à le séduire ou le manipuler. Je voulais établir une connexion, une relation sincère avec lui. Mais échaudé par ses provocations constantes, j'ai commencé à mettre une distance entre lui et moi, malgré les réticences de sa mère. C'était la seule façon pour moi de préserver un semblant de respect dans nos relations.

Et puis nous avons par hasard commencé à parler de cinéma. Je trouvais qu'il regardait beaucoup de mauvais films fantastiques, et je lui proposai de voir avec moi certains de ceux qui avaient marqué ma jeunesse. C'est ainsi que je lui fis découvrir "Gremlins", "Retour vers le futur" et "Mad Max 2". Ce fut une base pour des échanges plus humains.

J'ai compris plus tard, lorsque ma relation avec cette femme s'est terminée et que j'ai cessé par la force des choses de voir cet enfant, que son comportement insupportable n'était pas forcément que l'expression d'une colère vis-à-vis d'un homme venu lui prendre sa mère. C'était aussi l'expression d'un mal-être bien plus profond. Un acte de résistance face à des événements imposés, des situations non désirées qu'il se sentait incapable de gérer. Cette colère et cette insolence représentaient aussi une lutte pour préserver son indépendance. Un acte de vie. Plus tard aussi, j'ai réalisé que j'avais réussi à établir cette connexion intime avec lui, ce dont je doutais fortement sur le moment ; on m'a appris qu'il me réclamait.

Voilà donc ce qu'est Tim Bestiole ; un hommage à la résistance des enfants face aux aléas de la vie. Une déclaration d'insolence face à l'ordre établi.











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